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Nov 28

Amour de jeunesse? Amour toujours…

Amour toujoursAlors que je rentrais chez moi, mon pied heurta un portefeuille que quelqu’un avait perdu dans la rue. Je le ramassai et l’ouvrit, en quête d’une information qui me permettrait de contacter son propriétaire. Mais le portefeuille ne contenait que trois dollars et une lettre toute froissée qui semblait être là depuis des années.

L’enveloppe était délavée et la seule chose visible était l’adresse de l’envoyeur. J’ouvris la lettre, toujours en quête d’un indice. Elle datait de 1924… Elle avait donc été écrite il y a 60 ans.

L’écriture, délicieusement féminine, s’étalait sur un beau papier bleu. Une petite fleur ornait l’angle supérieur gauche. La lettre, qui commençait par un « Cher Michel », annonçait au destinataire que celle qui écrivait ne pourrait plus le fréquenter, sa mère le lui interdisant formellement. Néanmoins, elle affirmait qu’elle l’aimerait toujours. Signé : Hannah

C’était une belle lettre mais, à part le prénom Michel, elle ne permettait pas d’identifier le propriétaire du portefeuille. Peut-être qu’en téléphonant aux renseignements, j’obtiendrais le numéro de la dame dont l’adresse figurait au dos de l’enveloppe…

J’expliquai mon histoire « ou plutôt : celle du portefeuille ! » à l’opératrice qui me dit qu’elle ne pouvait pas donner le numéro correspondant à l’adresse, bien que le connaissant, sans en faire préalablement part à son responsable.

Celui-ci, par esprit de service, proposa de téléphoner au numéro, d’expliquer la situation et d’essayer d’obtenir l’assentiment de l’abonné pour le mettre en relation avec moi. J’attendis quelques minutes puis l’opératrice revint et me mit en rapport avec l’abonnée du numéro correspondant à l’adresse.

Je demandai à la femme que j’avais au bout du fil si elle connaissait quelqu’un du nom de Hannah. Elle eu comme un sursaut : « Oh ! Nous avons acheté cette maison à une famille dont une fille s’appelait Hannah. Mais cela fait maintenant 30 ans ! »
« Sauriez vous où cette famille vit aujourd’hui », demandai-je. « Je me souviens que cette Hannah devait placer sa mère en maison de retraite il y a quelques années », me dit la femme. « Peut-être que si vous contactez l’établissement ils vous donneront les coordonnées de la fille ».

Elle me donna le numéro de la maison de retraite et je les appelai aussitôt. Il me dire que la vieille dame était décédée depuis plusieurs année mais qu’ils avaient encore le numéro de sa fille. Je les remerciai et téléphonai à ce numéro. La personne qui me répondit m’expliqua que Hannah vivez maintenant en maison de retraite.

« Tout ça est complètement idiot, me dis-je, pourquoi tant d’histoire pour un portefeuille qui ne contient que trois dollars et une lettre vieille de 60 ans ? »

Pourtant, j’appelai l’établissement où Hannah était censée demeurer et le standardiste m’apprit que c’était bien la qu’elle vivait. Bien qu’il fût déjà 22heures, je lui demandai si je pouvais venir la voir.

Il me répondit, un peu hésitant : « vous aurez peut-être encore la chance de la rencontrer devant la télé dans la salle commune ». Je le remerciai et fonçai vers la maison de retraite. L’infirmière de nuit et le gardien me saluèrent et m’accompagnèrent jusqu’à la salle commune du troisième étage, où l’infirmière m’introduisit auprès d’ Hannah.

Hannah était une charmante vieille dame aux cheveux cendrés avec un sourire chaleureux et des yeux pétillants. Je lui racontai mon histoire de portefeuille et lui montrai la lettre. Dès qu’elle vit l’enveloppe bleue, elle prit sa respiration et me dit: « Jeune homme, cette lettre est le dernier contact que j’eus avec Michel Goldstein ».

Elle regarda au loin, pensive, et ajouta doucement : « je l’aimais vraiment beaucoup. Mais je n’avais que 16 ans à l’époque et ma mère trouvait que j’étais trop jeune. Il était si beau… C’était vraiment quelqu’un de merveilleux. Si vous le trouvez, dites lui que je pense encore souvent à lui et… (elle hésita un instant en se mordant la lèvre) que je l’aime toujours (des larmes commencèrent d’emplir ses yeux). Je ne suis pas mariée. Personne ne l’a jamais égalé dans mon cœur. »

Je remerciai Hannah et la salua. Je pris l’ascenseur jusqu’au rez-de-chaussée et, alors que je me tenais près de la porte, le gardien m’interpella: « Est-ce que la vieille dame a pu vous aider ? » « Elle m’a donné une piste, lui répondis-je, j’ai au moins un nom de famille.

Mais pour l’instant, je vais laisser ça de côté ; j’ai déjà passé la moitié de ma journée à chercher le propriétaire de ce portefeuille. » J’avais sorti l’objet de ma poche, un portefeuille brun entouré d’un lacet rouge. « Hé, mais attendez ! C’est le portefeuille de M. Goldstein ! », S’écria le gardien, « je le reconnaîtrais entre mille avec son lacet rouge ! Il le perd sans arrêt ; J’ai dû le retrouver au moins dix fois ! » « Qui est ce Monsieur Goldstein ? », demandai-je tremblant. « C’est l’un de nos pensionnaires du huitième étage. Sûr que c’est le portefeuille de M. Michel Goldstein! Il a dû le perdre en se promenant. »

Je remerciai le gardien et revint promptement vers le bureau de l’infirmière de nuit. Je lui fis part de mes nouvelles présomptions et nous prîmes à nouveau l’ascenseur, cette fois vers le huitième étage. J’aurais donné n’importe quoi pour que M. Goldstein fût encore debout à cette heure.

Au 8ème, l’infirmière me dit : « Je pense qu’il doit encore être dans la salle commune. Il aime bien lire la nuit. C’est un monsieur adorable. » Nous nous dirigeâmes vers la seule salle éclairée et y découvrîmes un homme âgé qui lisait. L’infirmière vint vers lui en lui demandant s’il n’avait pas par hasard perdu son portefeuille. M. Goldstein la regarda avec surprise, mit la main à sa poche et s’écria : « Oh, je ne l’ai plus ! » « Ce charmant Monsieur a trouvé un portefeuille et nous nous demandions si ce n’était pas le vôtre. »

Je tendis le portefeuille à M. Goldstein et, au moment où il le vit, eut un sourire de soulagement et me dit : « c’est bien lui ! Il a dû tomber de ma poche cet après-midi. Je vais vous donner une récompense. » « Non merci », lui répondis-je, « mais j’ai quelque chose à vous dire : j’ai lu la lettre qu’il contient dans l’espoir de trouver son propriétaire. »

Son sourire disparut aussitôt. « Vous avez lu la lettre ? » « Non seulement je l’ai lue, mais je crois savoir où se trouve Hannah. » Il devint blême. « Hannah ? Vous savez où elle est? Comment va-t-elle ? Je vous en prie, dites-moi », supplia-t-il. « Elle a l’air de très bien se porter… et d’être aussi jolie qu’autrefois », lui dis-je doucement.

Le vieil homme sourit d’avance et demanda : « Pouvez vous me dire où elle est? Je l’appellerai dès demain.» Il prit ma main et murmura: « Vous savez, monsieur, j’étais tellement amoureux de cette fille que quand j’ai reçu la lettre, ma vie s’est littéralement arrêtée. Je ne me suis jamais marié. Je l’ai toujours aimée et je l’aime toujours ».

« M. Goldstein », lui dis-je, « Venez avec moi. »

Nous prîmes l’ascenseur jusqu’au 3ème étage. Les couloirs n’étaient plus éclairés que par les veilleuses. Nous nous acheminâmes vers la salle commune ou Hannah regardait seule la télévision. L’infirmière s’approcha d’elle. «Hannah», lui dit-elle doucement en montrant Michel qui se tenait avec moi près de la porte, « connaissez-vous cette homme? » Hannah ajusta ses lunettes, regarda un moment mais ne dit rien.

Michel murmura, comme dans un soupir : « Hannah, c’est Michel. Tu te souviens de moi ? » Elle sursauta : « Michel ! C’est Michel. Tu te souviens de moi ? » Ce n’est pas possible ! Michel ! C’est toi ! Mon Michel !» Il marcha lentement vers elle et ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre.
L’infirmière et moi les laissâmes, nos yeux ruisselants de larmes.

« Vous voyez comment le Créateur travaille ? » lui dis-je, « si quelque chose doit arriver, rien ne peut l’empêcher. »

Environ trois semaines plus tard, je reçus un appel de la maison de retraite. « Pourriez-vous vous libérer dimanche prochain ? C’est pour un mariage ! Michel et Hannah ont décidé de s’unir ! ».

Ce fut un très beau mariage. Tout le monde à la maison de retraite se mit sur son trente et un. Hannah portait une robe beige clair et rayonnait de beauté. Michel portait un costume bleu foncé et se tenait bien droit. Ils m’avaient choisi comme témoin.

L’établissement leur aménagea une chambre à deux. Si jamais vous avez envie de voir une épouse de 76 ans et son conjoint de 79 ans se comporter comme deux adolescents, alors rendez-leur visite.

Un dénouement idéal pour une histoire d’amour de 60 ans !

Auteur Inconnu